Interview Têtu

DiscoTechno

tetu-mag

Têtu : Random Acess Memories est un disque étonnament Disco. Vous vouliez le faire renaître de ses cendres

Thomas Bangalter : C’était l’idée! On voulait retrouver un état d’esprit, une vibration caractéristique de cette époque qui démarre dans les années 1975-76 et va jusqu’au Thriller de Michael Jackson. Retrouver l’optimisme de cette fête effrénée et hyper innocente. Quand tu vois les images du Dance Floor du Studio 54, tu es ébahi! On voulait savoir si cet esprit était encore possible aujourd’hui.

Guy-Manuel de Homem Christo : Dans le contexte actuel de crise mondiale et mentale, on a besoin de moment de célébration!

Têtu : Le premier titre de l’ album s’ appelle ‘Give Life Back To Music’, la musique vous semble t’elle si agonisante?

Thomas : On peut traduire le morceau par « redonner vie à la musique » mais aussi par « donne sa vie à la musique ». Mais effectivement, aujourd’hui, toute une partie de la musique ne nous touche plus. Elle manque d’âme. L’électroninique actuelle est très agressive. C’ est une version pornographique de la musique.

Guy-Manuel : On aurait pu appeler la chanson ‘Give Soul Back To Music’. Désormais toute la musique, pop, hip-hop, ou électro est produite sur les mêmes ordinateurs. C’est bien que la musique se soit démocratisée au point que tout le monde puisse en faire sur son iPad, mais du coup, elle s’ est uniformisée. Il n’y a plus de profondeur. Plus de vie.

Têtu : RAM est votre album le plus humain, au sens charnel.

Thomas : Le plus organique, oui. C’ est un disque sur les rapports humains. Le défi, c’était de travailler avec des musiciens très différent. Créer des rencontres. Essayer de faire apparaitre le meilleur de ‘Nile Rodgers’ avec le meilleur de Pharrell… Ca a été un disque très difficile à enregistrer. On a travaillé dessus pendant cinq ans, entre Paris, New York et Los Angeles.

Lire Plus

Têtu : C’est aussi un disque de Dance- Floor. Dans les année 1990, vous sortiez en clubs à Paris?

Thomas : Carrément! Au Rex, au Queen beaucoup… Mais aussi à New York, au Sound Factory, dans les afters de Junior Vasquez, majoritairement gays mais, disons, très… hétéro-friendly. (Rires) Dans les années 1990, la majeure partie des musiciens qu’on aimait était programmée dans des clubs fréquentés par les homos. Il y a une vibration différente dans les clubs gays, un rapport au corps et à la danse. Ce sont des homos qui en premier on adopté la techno quand cette musique était encore totalement rejetée et underground.

Guy-Manuel : Le reproche qui était fait à la Techno au début, c’était d’être une musique Gay. C’était la même chose avec la disco, d’ ailleurs! Maintenant c’est plus le cas, c’est devenu une musique acceptée.

Têtu : Quels liens la musique de Daft Punk entretient t’elle avec la culture Gay?

Thomas : Je pense qu’on partage beaucoup de points communs avec la communauté Gay. La même ouverture d’esprit par rapport au reste de la société. Et puis on est des amoureux d’art, de choses élégantes. Quand on était ado, on était fans d’Andy Warhol, de Joe Dallesandro, de Paul Morrissey ou de Tom of Finland…

Têtu : Tom of Finland! Vraiment? Que reste t’il de ‘Tom Finland’ dans Daft Punk?

Thomas : (Rires) Moins de choses, forcément… Quoiqu’il y a encore quelque temps, nous étions deux robots motards cuir en or et chrome !

Têtu : Les robot sont-ils favorables au mariage pour tous?

Thomas : Bien sûr, les robots sont définitivement pour le mariage pour tous! Même si, à vrai dire, l’idée de mariage nous emmerde un peu. Mais on est évidemment pour l’égalité des droits!

Guy-Manuel : En rentrant en France, il m’est arrivé un truc étrange. En prenant le RER à Roissy, je me suis retrouvé entouré de mecs habillés en rose avec des slogans hostiles au mariage pour les Homos. Des gens de la manif pour tous. C’était assez violent de tomber la dedans en rentrant de Californie. Là-bas, tout est plus accepté: la culture Gay, fumer de l’herbe, les extraterrestres! (rires). L’Europe est figée dans son passé, dans une histoire. Les choses finissent par bouger… Mais c’est lent.

Têtu : Côté look, vous faîtes un retour flamboyant. Une nouvelle fois, c’est ‘Hedi Slimane’ qui a conçu vos costumes…

Thomas : On est ami avec Hedi depuis longtemps. En 2004, c’est lui qui avait crée nos costumes en cuir. Ca nous plaît de continuer la réinvention des robots avec lui dans une idée plus « glitter ». On est dans un cycle créatif différent et lui aussi: Hedi tente de redéfinir ce qu’est la marque Saint Laurent, il prend certains éléments du passé pour les intégrer dans le présent, tout en se recentrant sur des principes fondamentaux, l’état d’esprit initial. C’est exactement ce qu’on essaie de faire en musique.

Remonter

Back

 

Top